Chaise Thonet n°14 : reconnaître une vraie, une réédition ou une copie

Mis à jour le 05/11/2026
Une chaise bistrot en bois courbé attend sur un stand de brocante, cannage fatigué, prix griffonné sur un carton. Avant de la regarder de face, retournez-la. Une chaise Thonet n°14 se reconnaît d’abord sous l’assise, et sur au moins deux indices qui concordent : une marque, des vis, un cannage, un poids. Une réédition ou une cousine viennoise n’a rien d’une fraude, mais elle ne se paie pas le prix d’une Thonet du XIXe. Quant à la valeur d’une vraie, elle se perd souvent dans l’atelier de son propriétaire.
Chaise Thonet n°14 : d’où vient la chaise bistrot ?
En 1859, Michael Thonet, ébéniste installé à Vienne, crée la chaise n°14 et la produit en série, en hêtre cintré à la vapeur.
Son secret tient en peu de choses : six pièces de bois cintré, dix vis et deux écrous. Les pièces passent 20 à 30 minutes en cuve à vapeur, puis les ouvriers les plient à la main dans des moules en fonte. La chaise voyage ensuite démontée : 36 chaises tiennent dans un mètre cube. Bien avant les meubles en kit, la n°14 partait déjà en pièces détachées, la notice en moins.
En 1930, elle s’était déjà vendue à plus de 50 millions d’exemplaires. Elle figure toujours au catalogue de Thonet sous le numéro 214, et l’usine de Bystřice pod Hostýnem, en activité depuis 1861, la fabrique encore sous le nom de TON. Ses mesures varient selon les versions :
- sur le modèle courant, 84 cm de haut, une assise à 46 cm du sol et 40,5 cm de diamètre ;
- le Centre Pompidou conserve une n°14 pliante de 1873, haute de 91 cm.
Un écart de quelques centimètres avec une fiche ne condamne donc pas une chaise ancienne.
Comment reconnaître une vraie chaise Thonet ?
Une vraie Thonet se juge chaise retournée, sur plusieurs indices qui concordent, jamais sur une impression.
À l’atelier, tout se joue sous l’assise : le flanc du cadre, l’intérieur du cercle, parfois l’intérieur des pieds. On y cherche un nom frappé ou brûlé dans le bois, un reste d’étiquette papier ou un tampon à l’encre. Une estampille au fer bien nette rassure le plus : une étiquette se décolle, un tampon s’efface, mais une marque dans le bois reste. La forme de ces marques a changé au fil des époques, et Thonet les donne comme une aide pour situer une chaise dans le temps. Quand toute marque a disparu, ce sont les vis, le cadre et les dimensions qui parlent.

Vient ensuite le dossier, vu de profil. Les vraies sortaient de gabarits en fonte identiques d’une usine à l’autre, et ça se voit : la courbe est tendue, légère, équilibrée. Les copies ont souvent un dossier un peu mou ou trop lourd, comme dessiné de mémoire. Le cannage, lui, passe sous le cadre sur une Thonet, pas sur le côté.
Les assemblages complètent l’examen : sur une chaise ancienne, on attend des vis à fente simple, à tête un peu fatiguée ; une tête cruciforme signale que quelqu’un est passé par là. Sur les plus vieilles, les pieds avant sont traversés et tenus par un écrou noyé dans le bois. Ce qui met la puce à l’oreille :
- une vis visiblement plus grosse que ses voisines ;
- un boulon avec rondelle ajouté pour « rattraper » un pied qui bougeait ;
- un trou de vis entouré de bois écrasé ou mâché ;
- des traces de clous autour de l’assise, qui trahissent souvent un fond de contreplaqué cloué à la place du cannage d’origine. Une assise en bois n’est pas toujours un remplacement : la n°14 a aussi été déclinée avec une assise en bois.
Et un fil de fer autour d’un cercle fendu, c’est la signature d’un ancien propriétaire bricoleur, pas d’un atelier.
Une chaise sans aucune marque n’est pas condamnée pour autant, mais elle ne devient pas une Thonet sur une impression : il faut au moins deux indices qui concordent. Une Kohn, une Fischel ou une Mundus n’est pas une contrefaçon : c’est une cousine honorable, simplement pas une Thonet. Avant de parler prix, demandez à retourner la chaise : un vendeur sérieux ne s’en offusque pas.
Ancienne, réédition ou copie : les indices à regarder
Sur le marché de la chaise Thonet vintage, le poids donne le premier verdict. Une vraie n°14 se soulève d’une main, autour de trois kilos ; si la chaise vous tire le bras, c’est souvent un bois plus lourd ou du lamellé-collé, de fines couches de bois collées entre elles.
| Indice | Ce qu’on attend d’une chaise Thonet ancienne | Ce qui doit alerter |
|---|---|---|
| Poids | se soulève d’une main | la chaise tire le bras |
| Courbes | un fil qui suit la courbe sans interruption | des couches visibles sur la tranche, des décrochements aux raccords |
| Cannage | des trous percés tout autour, brins et nœuds visibles dessous | une rainure et une baguette collée ; une résille synthétique sous la canne |
| Finition | une patine profonde, souvent un vernis au tampon usé aux prises | un vernis épais, uniforme, presque plastique |
Toutes les alertes ne pèsent pas pareil. Une rainure avec une baguette collée signale une plaque mécanique : un cannage tissé à la machine, plus tardif ou issu d’une réfection, donc pas forcément une copie. Une résille synthétique sous la canne, en revanche, c’est clairement du récent. Et un vernis presque plastique fait penser à du neuf, ou à une remise à neuf brutale.
Il arrive qu’on apporte à l’atelier une TON des années 50. Elle sort des mêmes ateliers que les anciennes Thonet : c’est une belle chaise, honnête, mais ce n’est pas une Thonet du XIXe, et elle ne se paie pas pareil.
Juger l’état d’une chaise ancienne avant de l’acheter
Une vis folle se règle à l’établi, et souvent un pied qui bouge aussi ; un cannage percé ou une chaise déjà massacrée par d’anciens collages, c’est une autre facture.
Chaque défaut a son geste à l’atelier :
- Vis qui tourne dans le vide : le trou se rebouche avec une cheville de bois collée ; on laisse sécher, on reperce un avant-trou propre et on remet une vis de la bonne taille, pas une plus grosse.
- Pied avant qui bouge : souvent, il suffit de démonter, nettoyer, recoller et resserrer.
- Cannage détendu : s’il est juste détendu et encore jeune, il se retend en l’humidifiant par en dessous, puis en le laissant sécher tranquillement, sans chauffage.
- Fente dans une courbe : tout dépend de son état. Une fente franche et propre s’humidifie, se recolle et se serre longtemps ; si un morceau manque, on greffe du hêtre en suivant le fil.
Dès qu’il y a des brins cassés ou un trou, la chaise part chez un canneur : une assise ronde tressée main représente une journée de travail, et c’est un métier à part entière. Avant d’acheter une chaise à recanner, ajoutez le prix d’un cannage à la main au prix demandé. Les autres gestes sont ceux qu’on emploie pour restaurer une chaise bistrot.
Le doute commence quand quelqu’un est déjà passé avec de la colle partout : un ancien collage raté a fermé le bois, et plus rien n’accroche vraiment. Une chaise dont les assemblages bougent se démonte et se recolle ; elle ne se renforce pas avec des équerres. Prenons un cercle ou un dossier recollé deux fois, bourré de clous ou d’équerres, sur une chaise sans marque ni intérêt particulier : on peut la sauver, mais la facture va dépasser ce qu’elle vaut, et autant le dire franchement. Si c’est une chaise de famille, c’est une autre affaire, et la calculette retourne dans le tiroir.
Les erreurs qui font perdre sa valeur à une n°14
En tête, sans hésitation : le décapage. Des chaises arrivent à l’atelier passées au bain de soude ou au décapant à l’eau. Sur un bois qui a été cintré humide, c’est une catastrophe : il gonfle, se détend, se fend, et les assemblages lâchent. Pour nettoyer une n°14 ancienne, un chiffon à peine humide suffit : le bain et le décapant sont à proscrire.
Juste derrière vient le ponçage du dessous de l’assise « pour faire propre », qui efface la marque, c’est-à-dire ce qui donnait sa valeur à la chaise. Scène d’atelier : une cliente apporte une chaise en annonçant fièrement l’avoir « bien nettoyée avant de venir ». Elle l’a poncée dessous, à la ponceuse, pour enlever « les vieilles inscriptions toutes sales ». C’est un tampon Thonet. Il faut un moment avant d’oser lui dire ce qu’elle vient de faire disparaître.
Deux autres gestes se paient plus tard :
- la colle forte posée n’importe où, qui empêche toute vraie réparation ensuite ;
- le cannage refait trop serré, qui finit par faire travailler le cadre.
À l’achat, l’erreur classique vue à l’atelier consiste à payer le prix d’une Thonet du XIXe pour une chaise de bistrot sans marque des années 70, parce qu’elle « en a l’air ».
Devant la prochaine chaise bistrot, retournez-la avant de parler prix, cherchez deux indices qui concordent et comptez le cannage dans le budget. Une fois chez vous, ne poncez pas le dessous : sur une chaise Thonet n°14 authentique, la marque fait sa valeur.



