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Lucien a hérité de la maison de ses grands-parents dans le Jura. En vidant le grenier, il tombe sur six chaises empilées, couvertes de poussière. Sous l’assise de la première, une étiquette jaunie : « Baumann, Colombier-Fontaine ».
Des scènes comme celle-ci, j’en ai vu des dizaines en rénovant des maisons anciennes. À force de croiser ces chaises dans les greniers et les cuisines d’époque, j’ai appris à les reconnaître. Et à comprendre pourquoi certaines valent de l’or quand d’autres ne sont que des copies.
Ces chaises Baumann qui ont traversé trois générations valent-elles quelque chose ? Comment être sûr qu’il s’agit bien d’authentiques meubles Baumann ? Et surtout, combien peut-on en tirer aujourd’hui ?

Tout commence en 1901 quand Émile Baumann, un industriel suisse originaire d’Horgen, reprend une ancienne fabrique de meubles à Colombier-Fontaine, dans le Doubs. Installée dans une ancienne saboterie, l’entreprise se spécialise d’abord dans le mobilier pour enfants : chaises hautes, parcs, balancelles.
En 1909, l’atelier compte déjà 168 ouvriers. C’est l’époque où Baumann développe sa technique signature : le bois courbé à la vapeur, inspirée des méthodes de Thonet. Le hêtre massif, issu des forêts du Jura et des Vosges, est chauffé à haute température puis cintré dans des moules pour obtenir ces courbes fluides qui font la signature de la marque.
La manufacture connaît son apogée entre 1950 et 1970. Sous l’influence du design scandinave, les lignes s’épurent. Les modèles Traineau et Gondole voient le jour. Des silhouettes épurées qui séduisent autant les particuliers que les professionnels.
À son pic, Baumann emploie plus de 600 salariés et équipe des milliers de bistrots, restaurants, hôtels et bureaux à travers la France. Le label « La chaise de France » devient synonyme de qualité accessible. La production dépasse les 250 modèles différents au fil des décennies.
Dans les années 1990, les héritiers vendent l’entreprise familiale. Face à la concurrence internationale et aux importations à bas coût, la manufacture ne survit pas. En décembre 2003, l’usine ferme définitivement ses portes. Les bâtiments ont depuis été acquis par la commune de Colombier-Fontaine, et le site est répertorié à l’Inventaire du patrimoine culturel de Bourgogne-Franche-Comté.
Paradoxalement, cette fermeture a boosté la cote des chaises Baumann. Depuis qu’il est impossible d’en acheter des neuves, les modèles d’occasion sont devenus des pièces recherchées par les amateurs de mobilier vintage et les collectionneurs.
Ce qui distingue une vraie Baumann, c’est d’abord sa fabrication. La technique du bois courbé à la vapeur permet d’obtenir des formes impossibles à réaliser autrement.
Concrètement, les pièces de hêtre sont exposées à la vapeur d’eau pendant plusieurs heures, ce qui les rend malléables. Elles sont ensuite placées dans des moules spéciaux où elles prennent leur forme définitive en séchant. Cette méthode préserve la résistance naturelle du bois tout en autorisant des courbures extrêmes.
C’est cette technique qui explique l’absence de vis apparentes sur les modèles Baumann. Les assemblages sont réalisés par tenons et mortaises, parfois renforcés par de la colle, mais jamais par de la visserie visible. Quand je tombe sur une chaise « style Baumann » avec des vis apparentes, je sais immédiatement que ce n’est pas une authentique.
Pourquoi le hêtre ? C’est un bois dur mais souple, idéal pour le cintrage à la vapeur. Il pousse en abondance dans les forêts du Jura et des Vosges, à proximité de l’usine. Cette disponibilité locale a permis à Baumann de maintenir une production de qualité à des prix accessibles pendant un siècle.
Sur le terrain, j’ai vu des chaises Baumann supporter des décennies d’usage intensif dans des bistrots sans broncher. C’est cette robustesse qui fait leur réputation. Et leur valeur aujourd’hui.
Plus de 250 modèles produits en un siècle, impossible d’être exhaustif. Mais certains reviennent constamment dans les greniers et les brocantes.

C’est LE modèle que tout le monde connaît sans forcément savoir qu’il s’agit d’une Baumann. Assise pleine, dossier à barreaux, lignes simples et fonctionnelles. Elle a équipé des milliers de cafés et brasseries françaises.
Dossier à barreaux verticaux, assise pleine et légèrement galbée, pieds légèrement évasés. Disponible en finition naturelle ou teintée.
Prix moyen 2026 : 30 à 150 € selon l’état.
Reconnaissable à ses formes arrondies évoquant un mouvement tout en douceur, le Traineau est fortement influencé par le design scandinave des années 1950-1960. Sa silhouette épurée et son assise légèrement incurvée en font une pièce à la fois cosy et sophistiquée.
Lignes fluides, dossier bas et arrondi, piètement en traîneau (d’où le nom). Souvent en hêtre naturel ou teinté noyer.
Prix moyen 2026 : 80 à 400 € selon l’état et la finition.
Ce modèle tire son nom de la silhouette aérienne de son dossier. Créée dans les années 1960-1970, la Mouette incarne l’audace créative de Baumann à cette époque.
Dossier arrondi percé d’un grand ovale, parfois comparé à un décapsuleur. Lignes organiques très marquées, souvent en contreplaqué moulé.
Prix moyen 2026 : 60 à 200 €. Son design original attire les amateurs de mobilier vintage.
La Gondole se distingue par son dossier enveloppant qui « embrasse » le dos. La Pégase, plus rare, attire particulièrement les collectionneurs.
Gondole : dossier arrondi et enveloppant, assise généreuse.
Pégase : lignes discrètes et élégantes, souvent avec assise en skaï noir d’époque, de bonne facture.
Prix moyen 2026 : 60 à 300 € (Gondole), 80 à 400 € (Pégase).
Le Kangourou se reconnaît à sa structure particulière avec un piètement caractéristique. On trouve aussi les modèles Menuet, Mondor, Éventail (qui ressemble à un fauteuil scandinave), et de nombreuses chaises pour enfants, le cœur de métier originel de Baumann.
| Modèle | Période | Caractéristique principale | Cote 2026 |
|---|---|---|---|
| Bistrot | 1930-2003 | Dossier à barreaux, la plus répandue | € |
| Traineau | 1950-1970 | Lignes scandinaves, piètement traîneau | €€€ |
| Gondole | 1950-1970 | Dossier enveloppant | €€ |
| Mouette | 1960-1980 | Dossier ovale percé | €€ |
| Pégase | 1960-1980 | Design épuré, rare | €€€ |
| Kangourou | 1950-1970 | Piètement caractéristique | €€ |
Avant d’acheter, vérifiez ces 4 points :
L’estampille sous l’assise. Étiquette papier, tampon encreur ou gravure « Baumann ». C’est le premier indice d’authenticité. Sur les modèles très anciens, l’étiquette peut avoir disparu avec le temps.
Le bois. Hêtre massif aux veines régulières, ou contreplaqué moulé de qualité pour certains modèles comme la Mouette. Jamais de bois composite ou de matériaux bas de gamme. Le poids de la chaise est un bon indicateur : une vraie Baumann est solide mais pas lourde.
Les assemblages. Sans vis apparentes, joints parfaitement ajustés. Les copies modernes utilisent souvent des vis ou des agrafes visibles.
Les courbes. Fluides et régulières, obtenues par la technique du bois courbé à la vapeur. Les imitations ont souvent des courbes plus « mécaniques » ou des angles là où il devrait y avoir des arrondis.
J’ai vu des acheteurs se faire avoir par des copies très convaincantes, estampilles contrefaites, bois traité pour paraître ancien. Si vous voulez creuser le sujet, j’ai détaillé toutes les méthodes dans un article dédié à l’authentification des chaises Baumann.
Le marché des chaises Baumann d’occasion est actif. Voici les prix constatés début 2026.

| Modèle | État moyen | Bon état | Excellent / Restauré |
|---|---|---|---|
| Bistrot classique | 30-60 € | 60-100 € | 100-150 € |
| Traineau | 80-150 € | 150-250 € | 250-400 € |
| Gondole | 60-120 € | 120-200 € | 200-300 € |
| Mouette | 60-100 € | 100-150 € | 150-200 € |
| Pégase | 80-150 € | 150-250 € | 250-400 € |
| Lot 6 chaises assorties | 300-600 € | 600-1 200 € | 1 200-2 000 € |
Référence : ventes constatées sur Leboncoin, Selency et salles des ventes en 2025-2026.
Le modèle. Traineau et Pégase sont parmi les plus cotés. Le Traineau représente l’apogée du design scandinave des années 1950-60, la Pégase incarne l’audace des années 1960-70. Les Bistrot, produites en très grande quantité pour équiper les cafés, restent plus accessibles. Ce qui n’enlève rien à leur authenticité.
L’état général. Une patine naturelle du bois est souvent appréciée des amateurs de vintage. Elle témoigne d’une histoire, d’un vécu. En revanche, une restauration amateur maladroite (peinture qui masque le bois, remplacement de l’assise par un matériau moderne, ponçage excessif) peut faire chuter la valeur de 30 à 50 %. Les collectionneurs préfèrent une chaise imparfaite mais authentique à une chaise « trop » restaurée.
La présence du marquage. Une chaise avec estampille visible vaut toujours plus cher qu’une chaise sans marquage, même si elle est authentique. L’estampille, c’est la carte d’identité de la chaise. Sans elle, vous devrez vous appuyer sur d’autres critères (qualité du bois, assemblages, style) pour prouver l’authenticité. Et certains acheteurs resteront méfiants.
Le lot complet. Six chaises assorties se vendent proportionnellement plus cher que six chaises dépareillées. Les collectionneurs cherchent des ensembles pour meubler leur salle à manger. Un lot de 6 Traineau identiques peut valoir 50 % de plus que 6 Traineau achetées séparément.
La région. Les prix varient selon la géographie. En Île-de-France et dans les grandes métropoles, la demande est forte et les prix suivent. Dans les zones rurales, on trouve parfois des pépites à prix cassés. Les vendeurs ne connaissent pas toujours la valeur de ce qu’ils vendent.
Le canal de vente. Chez un antiquaire, c’est plus cher mais authentifié. Sur Leboncoin, c’est négociable. En salle des ventes, c’est imprévisible.
Pour donner un ordre d’idée : en 2019, un lot de 6 chaises Pégase à assise noire a été adjugé 1 150 € chez un commissaire-priseur, alors qu’il était estimé entre 900 et 1 000 €.
Depuis la fermeture de l’usine en 2003, les chaises Baumann ne se trouvent plus qu’en occasion. Voici les principaux canaux pour dénicher une Baumann d’occasion authentique :
| Canal | Avantages | Inconvénients | Prix moyens |
|---|---|---|---|
| Leboncoin | Choix large, négociation possible | Risque de copies, pas de garantie | 30-400 € |
| Selency / Design Market | Sélection vérifiée, authenticité | Prix plus élevés | 100-600 € |
| Brocantes / vide-greniers | Bonnes affaires possibles | Disponibilité aléatoire | 30-200 € |
| Salles des ventes | Lots rares, certificat | Frais d’adjudication | Variable |
| Emmaüs | Prix très bas | Stock limité, état parfois très usé | 15-80 € |
| Antiquaires spécialisés | Expertise, garantie | Prix premium | 150-800 € |
On confond souvent les deux marques : Baumann s’est directement inspiré de la technique de Thonet pour développer son savoir-faire.
| Critère | Baumann | Thonet |
|---|---|---|
| Origine | Française (Doubs) | Allemande puis autrichienne |
| Fondation | 1901 | 1819 |
| Technique | Bois courbé à la vapeur | Bois courbé à la vapeur |
| Bois principal | Hêtre | Hêtre |
| Style dominant | Scandinave (1950-70) | Viennois / Bistrot |
| Cote actuelle | € à €€€ | €€€ |
| Production | Arrêtée (2003) | Toujours active |
Même technique, mais Thonet est plus ancien, plus international, et globalement plus coté. Les chaises Baumann restent plus accessibles — et c’est du patrimoine français.

Les Baumann sont robustes, mais quelques gestes prolongent leur durée de vie : dépoussiérage régulier, cirage annuel à la cire d’abeille, et surtout éviter le soleil direct qui dessèche le bois. Pour les taches, un chiffon légèrement humide suffit. Pas de produits agressifs.
Pour une chaise avec assise en tissu ou skaï, un nettoyage doux fait l’affaire. Évitez juste l’eau en excès qui pourrait s’infiltrer dans le bois.
Si la chaise « bouge » ou grince, les joints ont besoin d’un recollage. Pas évident à faire soi-même sans le matériel. Pareil pour une assise en cannage à refaire, un traitement contre les vers du bois, ou une restauration complète (ponçage, teinture, vernissage).
Pour le pas-à-pas d’une rénovation maison, j’ai écrit un guide sur la restauration des chaises Baumann. Et si c’est l’assise qui pose problème, voir le choix du tissu pour recouvrir une chaise Baumann.
Ce qui est pratique avec les chaises Baumann, c’est qu’elles passent partout — en salle à manger comme dans un bureau ou une entrée.
Intérieur scandinave. Le Traineau s’y fond naturellement. La Mouette, avec ses lignes organiques, peut aussi fonctionner. Table en bois clair, textiles neutres, c’est cohérent.
Ambiance industrielle. Les Bistrot apportent de la chaleur au métal et au béton. Ça humanise sans dénaturer.
Campagne chic. Autour d’une grande table de ferme en salle à manger, un lot de Baumann dépareillées, c’est convivial et authentique.
Contemporain. Une ou deux Baumann au milieu de meubles neufs créent un contraste. C’est souvent la touche « âme » qui manque aux intérieurs trop lisses.
D’ailleurs, mélanger différents modèles Baumann autour d’une même table, ça marche très bien. Cet effet « collection » évite l’uniformité.
Plus de détails dans le guide pour associer des chaises Baumann avec votre table.
Savoir de quelle époque vient votre chaise aide à estimer sa valeur.
Avant 1930. Du mobilier pour enfants, essentiellement. Rare.
1930-1950. Les Bistrot apparaissent. Style classique, dossier à barreaux.
1950-1970. L’âge d’or. Influence scandinave, modèles Traineau et Gondole.
1960-1980. Les modèles Mouette et Pégase apparaissent. Design plus audacieux, formes organiques. C’est cette période et la précédente qui cotent le mieux aujourd’hui.
1980-2003. Production plus industrielle, matériaux modernes (plastique, skaï de moindre qualité). Moins recherché.
L’estampille, le style du dossier et les matériaux permettent généralement de situer une chaise. Pour la méthode détaillée : guide pour dater une chaise Baumann.
Baumann ne fabriquait pas que des chaises. Les porte-manteaux « perroquet » sont aussi très recherchés. Structure en bois courbé, plusieurs patères. Ça apporte une touche vintage dans une entrée.
Comptez 80 à 250 € selon le modèle et l’état. Pour tout savoir : reconnaître un porte-manteau Baumann authentique.
Les chaises Baumann, c’est du patrimoine français. Plus de 250 modèles produits à Colombier-Fontaine entre 1901 et 2003. La valeur varie selon le modèle (Traineau et Pégase parmi les plus cotés), l’état, et la présence du marquage. On va de 30 € pour une Bistrot fatiguée à 300-400 € pour un modèle rare en excellent état. Et depuis la fermeture de l’usine, la cote monte doucement.
En rénovant des maisons anciennes, j’ai appris à reconnaître les vrais meubles de qualité à leur usure. Une Baumann qui a servi trois générations et qui tient encore debout, c’est la preuve qu’elle a été bien faite. Aucune copie ne peut imiter ça.