Lucien m’a envoyé une photo de six chaises trouvées dans une grange du Doubs. « Baumann ou pas ? » m’a-t-il demandé, fébrile à l’idée d’avoir fait la trouvaille de l’année. Sur la photo, j’ai tout de suite repéré le tampon à l’encre délavé sous l’assise, un indice qui situait ces chaises entre 1950 et 1960. Quelques jours plus tard, Lucien les revendait 480 € le lot à un antiquaire de Besançon. Sans cette datation, il aurait accepté les 200 € proposés au départ.
Sur le terrain, j’ai vu passer des centaines de chaises Baumann au fil des années. Et la question revient toujours : « De quelle année date ma chaise ? » Je comprends cette impatience. Entre une chaise des années 1920 et un modèle des années 1980, l’écart de valeur peut aller du simple au triple. C’est pas tant la chaise en elle-même qui vaut cher, c’est ce qu’elle raconte de son époque. Et cette logique vaut pour l’ensemble du mobilier Baumann.
Décortiquons ensemble les indices que je regarde en premier pour dater une pièce, et surtout, les pièges qui font perdre de l’argent aux chineurs trop pressés.
Pourquoi dater une chaise Baumann avant d’acheter ou de vendre ?
On l’oublie souvent, mais connaître l’époque de fabrication d’une chaise Baumann, ce n’est pas qu’une curiosité d’antiquaire. Ça change tout dans une négociation.
Qu’est-ce que ça change concrètement ?
Pour la valeur marchande : les modèles des années 1950-1970 sont les plus cotés. J’ai vu des Fourmi ou des chaises coque partir à 150, voire 200 € l’unité dans les bonnes brocantes. À côté, une chaise des années 90 en état comparable plafonne à 60-80 €.
Pour éviter les arnaques : les contrefaçons imitent souvent les modèles populaires, mais se trahissent par des incohérences entre le style et le marquage. Il m’est arrivé plus d’une fois de voir des vendeurs annoncer « années 30 » pour une chaise qui avait clairement des pieds compas des années 60. Avec les bons repères, vous ne vous ferez plus avoir.
Pour négocier sereinement : quand vous savez dater une chaise, vous avez un argument de poids face à un vendeur qui gonfle son prix. Un vieux brocanteur de Besançon m’a appris ça : « Le premier qui parle de date sans preuve est celui qui perd la négociation. »

Les marquages Baumann : votre premier indice de datation
Où trouver le marquage sur une chaise Baumann ?
Avant de vous lancer dans une analyse stylistique complexe, commençons par le plus simple : retournez la chaise. Le marquage Baumann se trouve dans 90 % des cas sous l’assise, parfois sur la face interne d’un pied arrière.
Munissez-vous d’une lampe de poche. Ces marquages sont souvent délavés par le temps, et j’ai passé plus d’une heure à quatre pattes dans des granges à déchiffrer des tampons à moitié effacés. Rassurez-vous, avec un bon éclairage rasant, même les marquages les plus pâles redeviennent lisibles.
Le marquage a changé de forme au fil du temps :
- Gravure au fer chaud : début du XXe siècle jusqu’aux années 1930, marque profonde dans le bois
- Tampon à l’encre : années 1930-1960, souvent délavé mais reconnaissable
- Étiquette papier ou métallique : années 1960-1980, parfois décollée ou abîmée
- Étiquette adhésive : années 1980-2003, plus moderne mais moins « noble »
L’évolution des étiquettes et tampons par période
Sur le terrain, j’ai souvent vu des acheteurs confondre les époques faute de connaître l’évolution des marquages. Lucien, justement, pensait que toutes les étiquettes Baumann se ressemblaient. Il a vite déchanté.
Je garde ce tableau sous le coude depuis des années :
| Période | Type de marquage | Mentions caractéristiques | Ce que je regarde en premier |
|---|---|---|---|
| 1901-1930 | Gravure au fer ou tampon simple | « BAUMANN » seul, parfois « BIEDERMANN » ou « BEIDER Fils » | Police ancienne, gravure profonde qui a traversé le temps |
| 1930-1945 | Tampon encré | « BAUMANN » + lieu de production | Encre très délavée, il faut souvent une loupe |
| 1945-1960 | Tampon + étiquette | « BAUMANN » + lieu de production + parfois « Made in France » | Tampon encré plus structuré qu’avant-guerre, parfois accompagné d’une étiquette |
| 1960-1980 | Étiquette papier/métal | « BAUMANN » + numéro de modèle + « Made in France » | Étiquettes rectangulaires, parfois avec le logo deux chevaux |
| 1980-2003 | Étiquette adhésive ou gravure laser | « BAUMANN » + numéro de série | Marquage standardisé, police moderne, moins de charme |
💡 Ce petit plus qu’on oublie souvent : Les étiquettes papier ou métalliques des années 1960-1980 mentionnent souvent un numéro de modèle. Ce détail permet d’identifier précisément la chaise et d’estimer sa valeur. Beaucoup de vendeurs l’ignorent.
Que faire si le marquage est absent ou illisible ?
Tous les modèles ne portent pas de signature, notamment les chaises très anciennes ou celles dont l’étiquette s’est décollée avec le temps. Pas de panique pour autant.
Mieux vaut une chaise authentique sans étiquette qu’une copie avec un faux marquage. Dans ce cas, fiez-vous aux caractéristiques de construction et au style : le hêtre massif de qualité, les assemblages invisibles, le bois courbé avec précision (je détaille tout ça dans les sections suivantes).
Une mise en garde toutefois : j’ai régulièrement constaté que des pièces authentiques sans étiquette se négocient 30 à 40 % moins cher que leurs équivalentes estampillées. C’est injuste, mais c’est la réalité du marché. Si vous achetez pour vous, ce n’est pas grave. Si vous achetez pour revendre, tenez-en compte dans votre prix d’achat. Un cas que je croise souvent : vous retournez la chaise et vous trouvez un tampon « LUTERMA » au lieu de « BAUMANN ». Ce n’est pas une copie. Les chaises Luterma sont une manufacture estonienne fondée en 1877, qui produisait aussi en France avec la même technique de bois courbé et le même hêtre. Elles se négocient deux à trois fois moins cher qu’une Baumann, mais ont leur propre valeur sur le marché vintage.

Dater une chaise Baumann par son style et sa construction
Le marquage ne suffit pas toujours, et parfois, il a disparu. Bonne nouvelle : l’évolution stylistique des chaises Baumann suit les grandes tendances du design du XXe siècle. Avec un peu d’entraînement, on finit par dater une chaise au premier coup d’œil.
1901-1930 : l’ère du bois courbé style Thonet
L’aventure Baumann commence en 1901 quand Émile Baumann, industriel suisse, reprend une manufacture à Colombier-Fontaine dans le Doubs. L’entreprise se spécialise d’abord dans le mobilier pour enfants (chaises hautes, voiturettes) et les porte-manteaux Baumann avant d’élargir sa production de sièges. La technique du bois courbé à la vapeur devient rapidement sa signature.
Les indices qui ne trompent pas :
Le bois est courbé et cintré dans le pur style Thonet. Les pieds sont en forme de « sabre », incurvés vers l’extérieur avec une élégance toute Art nouveau. Les dossiers ? Des formes organiques et élaborées, parfois presque sculpturales. Le hêtre massif des forêts du Doubs est le matériau de prédilection.
Pour les chaises enfant de cette époque, un détail qui ne trompe pas : les boules de jeu sur le plateau et les décors en décalcomanie. J’en ai vu une magnifique chez un collectionneur l’an dernier. Elle avait traversé quatre générations dans la même famille.
À retenir : Chaise haute transformable (Multiplex), premières chaises bistrot
1930-1950 : la transition vers les formes rectilignes
Sous l’influence du mouvement Bauhaus et de l’Art déco, les lignes s’assagissent. C’est une période de transition que je trouve passionnante. Pour dater une chaise Baumann de ces années-là, il faut observer le passage progressif du tout cintré vers des formes plus géométriques.
Comment je les repère :
L’abandon progressif du tout cintré au profit de structures plus rectilignes. Le bois courbé reste présent mais se fait plus discret. Les bandeaux de dossier sont désormais découpés dans des feuilles de contreplaqué. La section des montants devient carrée au lieu de ronde : ça, c’est un indice très fiable. Apparaissent aussi les premières assises rembourrées. Les pieds compas, eux, commencent à pointer le bout de leur nez, mais ils ne se généraliseront vraiment qu’après-guerre.
Comme disait mon grand-père menuisier : « Une chaise des années 30, elle hésite encore entre le passé et l’avenir. C’est ça qui fait son charme. »
Les classiques de l’époque : Fauteuil n°164 (entre-deux-guerres), premières chaises de bureau
1950-1970 : l’influence scandinave et l’âge d’or
C’est la période faste, et franchement, mes chaises Baumann préférées à chiner. L’entreprise atteint son apogée à la fin des années 60 avec près de 700 employés et 700 000 sièges produits par an. Le design scandinave influence profondément la production.
Mes repères pour cette époque :
Les lignes sont épurées et minimalistes. Les pieds fuselés en compas, légèrement inclinés vers l’extérieur, sont la signature de ces années-là. Grâce au contreplaqué moulé, les dossiers deviennent larges et profilés. Du jamais vu avant.
Un détail que j’aime bien repérer : les galettes en vinyle vissées à l’assise apparaissent dès 1953. Si la galette d’origine a disparu, vous pouvez choisir un tissu de remplacement adapté à l’époque de votre chaise. Si vous voyez des trous de vis sur l’assise mais plus de galette, vous savez que la chaise date au minimum des années 50. Entre 1953 et 1959, on trouve aussi des revêtements en lino et en formica. Plus rares et très recherchés.
Les stars de cette période : Fourmi, chaise coque, chaises de collectivité style scandinave
1970-2003 : les modèles design aux noms évocateurs
Baumann innove avec des sièges aux formes organiques et aux noms poétiques. C’est aussi, hélas, le début du déclin économique qui mènera à la fermeture en 2003.
Ce qui saute aux yeux :
Les formes deviennent organiques et sculpturales. Les modèles portent des noms évocateurs : Mouette, Pégase, Mondor, Licorne, Menuet… J’ai croisé des gens qui tombaient amoureux d’une Mouette sans même savoir son nom. Le design parle de lui-même.
Les pieds traineau ou épingles sont caractéristiques. Le plastique fait son apparition pour certains modèles « tulipe » très seventies.
Ceux qu’on s’arrache aujourd’hui : Mouette, Pégase, Mondor, Traineau, Menuet

Les modèles Baumann emblématiques et leur période de production
Lucien m’a rappelé la semaine dernière pour me demander comment reconnaître une Mouette d’une Mondor. Je lui ai envoyé ce tableau, le même que je vous partage ici. Pour dater précisément une chaise Baumann, croiser le style avec la période de production du modèle est souvent décisif.
Avant de foncer en brocante ou sur Leboncoin, prenez le temps de vous familiariser avec ces références. Le prix moyen cache souvent des écarts énormes : tout dépend du modèle, de l’état, et de la capacité du vendeur à identifier ce qu’il vend.
| Modèle | Période | Caractéristiques distinctives | Cote 2026 (unité, bon état) |
|---|---|---|---|
| Chaise bistrot classique | 1920-1970 | Dossier en forme de cœur, bois courbé | 80 – 150 € |
| Multiplex (chaise bébé) | 1903-1960 | Transformable en petite chaise, boules de jeu | 120 – 250 € |
| Traineau / Bémole | 1968-1990 | Piétement arrondi en forme de luge | 150 – 300 € |
| Fourmi | 1960-1980 | Design organique, dossier ajouré ovale | 100 – 200 € |
| Mouette | 1965-1990 | Dossier incurvé rappelant des ailes | 150 – 350 € |
| Pégase | 1970-1990 | Design discret et intemporel | 120 – 280 € |
| Mondor | 1970-1990 | Lignes épurées, assise confortable | 100 – 220 € |
| Menuet | 1975-2000 | Pieds épingles, style vintage | 80 – 180 € |
| Chaise coque | 1960-1980 | Assise enveloppante en contreplaqué moulé | 100 – 200 € |
📌 Ce que je répète souvent aux chineurs : Un lot complet de 6 chaises assorties en bon état peut facilement dépasser 800 à 1 200 €. Les collectionneurs recherchent les ensembles pour meubler leur intérieur et les associer à une table d’époque. Une chaise seule, même belle, se vend proportionnellement moins cher.
Les erreurs qui coûtent cher aux chineurs pressés
🚨 Sur le terrain, j’ai souvent vu ces erreurs. Elles font mal au portefeuille :
1. Confondre « style Baumann » et « vraie Baumann »
Beaucoup de fabricants ont imité le style Baumann au fil des décennies. Sans marquage, vous payez peut-être une copie au prix d’un original. J’ai vu un ami débourser 180 € pour ce qu’il pensait être une Traineau… c’était une imitation espagnole des années 90. Mieux vaut passer dix minutes à chercher un marquage que six mois à regretter.
2. Se fier uniquement au marquage sans regarder le style
À l’inverse, j’ai vu des faux avec des étiquettes reproduites. C’est rare, mais ça existe. Vérifiez toujours que le style correspond à la période annoncée par le marquage. Une étiquette « années 50 » sur une chaise aux pieds épingles des années 80, ça ne colle pas.
3. Négliger l’état de la structure
Une chaise peut être authentique mais avoir été réparée grossièrement. Les assemblages d’origine sont invisibles, sans vis apparentes ni traces de colle débordante. Il n’est pas rare de voir des réparations maladroites diminuer la valeur de 30 à 50 %. Un bricolage raté coûte toujours plus cher qu’une restauration bien faite. Si vous envisagez de rénover une chaise Baumann, mieux vaut connaître les bonnes techniques.
4. Payer un prix « années 50 » pour une chaise des années 80
Les modèles tardifs (1980-2003) sont moins cotés. C’est la réalité du marché. Avant de sortir votre portefeuille, vérifiez la cohérence entre le prix demandé et l’époque réelle. Un vendeur qui demande 200 € pour une chaise de 1995, il se moque de vous.
5. Ignorer la patine
Une vraie patine se développe de manière uniforme sur toute la chaise. Une usure artificielle ou incohérente (du neuf sur les pieds, de l’usé sur l’assise) est suspecte. Le diable sort souvent de ces petits détails qu’on néglige quand on est pressé d’acheter.
Méthode pratique : les 5 étapes pour dater votre chaise Baumann
Voici la méthode que j’utilise systématiquement. Sans raccourci technique ni discours marketing, juste ce qui marche :
❶ Retournez la chaise et cherchez le marquage
Munissez-vous d’une lampe et d’une loupe si nécessaire. Prenez une photo du marquage pour pouvoir le comparer tranquillement chez vous. C’est bête, mais j’ai vu trop de gens oublier ce qu’ils avaient vu une fois rentrés.
❷ Identifiez le type de marquage
Gravure au fer ? Tampon encré ? Étiquette papier ? Adhésif ? Reportez-vous au tableau des marquages par période que je vous ai donné plus haut. Le type de marquage vous donne déjà une fourchette de dates.
❸ Examinez les pieds
C’est mon indice préféré, celui que je regarde en premier :
- Pieds sabre incurvés → probablement avant 1950
- Pieds compas fuselés → années 1950-1970
- Pieds traineau ou épingles → années 1970-2000
❹ Analysez le dossier et l’assise
- Dossier très travaillé, bois courbé élaboré → début XXe siècle
- Dossier en contreplaqué moulé large → années 1950-1970
- Formes organiques sculpturales → années 1970-1990
❺ Vérifiez la cohérence globale
Le style doit correspondre à la période du marquage. Une incohérence peut signaler une contrefaçon, ou une chaise restaurée avec des pièces d’époques différentes. Dans les deux cas, ça vaut moins cher.
Ce qu’il faut retenir
L’essentiel tient en cinq points :
- Le marquage sous l’assise est votre premier indice : son type (gravure, tampon, étiquette) indique déjà une période
- Les pieds racontent l’histoire : sabre (avant 1950), compas (1950-70), traineau/épingles (après 1970)
- Les modèles les plus cotés datent des années 1950-1970, période faste de la manufacture
- Une chaise sans marquage n’est pas forcément fausse, mais se négocie 30-40 % moins cher
- La cohérence entre style et marquage est votre meilleure protection contre les contrefaçons
Lucien m’a envoyé un message hier : il a trouvé deux nouvelles chaises dans une brocante près de Pontarlier. Cette fois, il a su les dater tout seul. Fin des années 50, pieds compas, tampon encré encore lisible sous l’assise. Il les a négociées à 90 € les deux. Comme quoi, avec les bons repères, tout le monde peut devenir un chineur averti.
« Comme disait mon grand-père menuisier : une belle chaise, c’est celle qui raconte son histoire à qui sait l’écouter. Prenez le temps de retourner l’assise, d’observer les assemblages, de sentir le grain du bois sous vos doigts. En brocante comme ailleurs, la patience est toujours récompensée. »
FAQ : vos questions sur la datation des chaises Baumann
Article mis à jour en mars 2026. Les prix indiqués sont des estimations basées sur le marché français de l’occasion (brocantes, enchères, sites spécialisés). Chaque pièce est unique : les prix réels dépendent de l’état, de la rareté et de votre talent de négociateur.




